Le Café de Flore, pour faire comme Jean-Paul et Simone

29 mars 2010 - Laissez un Message

Enfin, pas vraiment. Parce qu’on n’était pas là pour faire de la littérature. Nous y sommes allés jeudi après-midi. C’était un peu frais en terrasse et les citron et pamplemousse pressés n’ont pas facilité les choses. On avait un peu l’impression de sécher l’école, comme avant. D’être là où l’on ne devrait pas. Du coup, on l’a vraiment savouré notre jus.

On s’est amusé à observer les gens qui avaient l’allure du 6ème. Et on a écouté entendu toute la conversation de nos deux voisines, que j’appellerais bien Inès-Marie de La Haute, et Augustine de Bussy. François Simon a dit que Sonia Rykiel était une habituée, mais dommage, on ne l’a pas vue. On a aperçu Mélanie Doutey sous son joli chapeau rouge.

On s’en est un peu voulu de pas être allé à l’intérieur du café. Peut-être qu’on aurait ressenti l’histoire d’un tel endroit, et sûrement qu’on aurait vu les tapis usés et les menus aux murs. En tout cas, moi, j’aurai refusé de gouter aux œufs durs posés sur chaque table.

Je dois dire que mon acolyte a eu l’oreille qui traine ! Voilà que j’apprends qu’Inès-Marie et Augustine ont d’abord parlé d’une fameuse galerie d’art new-yorkaise, puis d’un fantastique hôtel sur la côte chilienne, et enfin de l’éducation des enfants par la bande-dessinée (?!). Mon attention était plutôt arrêtée sur les deux 1m90 / 50 kg, accompagnées de leur manager – sans doute manager… jusqu’à ce que le cliché le plus hollywoodien nous laisse bouche-bée. Alors qu’on est des milliers à Paris à s’en vouloir d’avoir pris un jour la voiture pour aller prendre un simple verre, il y a eu ce vieux-beau en Porsch GT3 blanche qui est arrivé au bon moment. Une place devant le Flore. Juste devant.

A quoi ces une-heure-et-quelques nous ont-elles fait penser ? Ni à un livre. Ni à un film. Rien de bien romanesque là-dedans. Plutôt à une photo, à une chanson, à un clip. A une atmosphère. Comme un mélange de mélancolie…

… et de fantaisie !


Tiens, je me suis arrêtée sur le mot “atmosphère”, je l’ai répété, et voilà que l’Hôtel du Nord m’est revenu !


Un extrait du film 'Hôtel du Nord'
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Le Café de Flore
26 Rue Saint-Benoît / Boulevard St Germain
75 006 Paris
(En moyenne 6,50 € le fruit pressé)

Le Georges, c’est Beaubourg

16 mars 2010 - Laissez un Message

Autant le dire tout de suite, c’était bien. On nous avait pourtant prévenu mis en garde : service abominable, cuisine banale et addition flamboyante, une vue qui n’en vaut pas la peine… Évidemment la soirée se présentait bien, c’était l’anniversaire de la Belle, le cadeau avait plu, le champagne et les amuse-bouches (du traiteur italien de la rue des Petits Carreaux) aussi. Nous sommes sortis de bonne humeur et nous sommes arrivés tout content en haut du centre Georges Pompidou.

Accueil très souriant du sosie d’AnnaLynne McCord, elle nous propose une bonne table à côté de la baie vitrée, juste en face de Notre-Dame (qui nous semble étonnamment proche !). La table de nos voisins nous parait aussi très proche mais ils ne parlent pas français alors tout va bien.

Après avoir jouer à repérer les monuments autour de nous, on commande (au sosie de Tom Ford, décidément). Entrées : nems thaïlandais et escargots « extraordinaires ». Plats : saumon vapeur bio et tigre-qui-pleure. Desserts : cheese cake et sorbet mangue-passion. Bon alors voilà : les nems étaient délicieux mais seulement 4; les escargots n’avaient rien d’ « extraordinaire »; le saumon et le tigre-qui-pleure… de bons produits malheureusement pas assez cuits, avec un riz un peu triste en accompagnement. Les desserts étaient parfaits !

En un mot, n’y aller pas pour manger. D’ailleurs on n’y va pas pour ça, on se retourne, on regarde, on parle de Paris et des gens un peu bizarre tout autour. Ils semblent tout droit sortis de la série Nip/Tuck ou d’un livre de Bret Easton Ellis.

Ils ont l’air jeunes, beaux parfois et riches souvent, la peau lisse et bronzée comme dans Beverly Hills.  Ils trainent à Los Angeles, dans des salons larges et blancs au design épuré. Ils parlent d’endroits qu’on ne connaît pas et sourient malgré leurs yeux tristes. Si vous n’avez pas le courage de finir American Psycho, lisez Lunar Park. Mélange d’autofiction (repris par Beigbeder) et de livre d’horreur (inspiré par Stephen King), c’est certainement le meilleur roman contemporain que j’ai lu. Ça parle de la peur et du mensonge, de l’image, de l’image, de l’image.

On  regarde donc, on écoute de la très bonne musique, on picore, on picole (le vin, un des moins cher de la carte, était très bon).  Et après quelques verres, on comprend : on peut se sentir bien ici, on a l’impression de flotter, d’être dans un endroit exceptionnel, d’être dans un film, et quelques instants, on a l’impression de faire parti d’un monde privilégié.

Puis on reçoit la douloureuse qui porte bien son nom, on invite sa chère et tendre en tentant de faire comme si de rien n’était, on sort et on regarde une dernière fois Paris en volant une rose qui fanera trop vite.

A relire sur un air de Feist – Inside and Out

Le Georges
4 Rue Beaubourg 75004 Paris
01 44 78 47 99

Workshop Issé : un (vrai) japonais (pas cher) à Paris

15 mars 2010 - Laissez un Message

Alors oui, il faut se lever tôt. Parce que c’est avant tout une épicerie, fermée le soir et le dimanche, où l’unique menu est servi jusqu’à 14h. Et arriver pour 13h au “restaurant” un samedi, c’est tôt.

On marchait donc vite dans les rues désertes à ces heures du 2ème arrondissement de Paris. Il y avait du vent et du soleil, il faisait froid, la Belle faisait un peu la tête parce qu’elle n’avait pas eu le temps de prendre son temps. Certainement aussi parce que j’étais rentré un peu trop tard la veille. Je ne jouais pas ma chemise mais j’espérais tout de même que ce déjeuner en vaille la peine.

Ça se situe dans une rue sans charme, entre deux échafaudages, et à travers la vitre on croit voir une famille qui déjeune dans un magasin fermé. Si je n’étais pas sûr de l’adresse, je ne serais pas rentré.

Et puis on saute le pas et on se sent bien. Il fait doux, ça sent bon, on voit la vapeur qui sort des casseroles, le son des plats qui mijotent réchauffe, il y a de la place, tout va bien. L’accueil est la fois charmant et froid, honnête en tout cas. On nous place un peu à l’écart, au calme devant la fenêtre.

On pose devant nous un petit bol de légumes marinés. C’est frais, piquant, délicieux au réveil, et on nous explique le menu (unique et différent chaque jour) : soupe miso, aubergines en sauce, riz gluant, beignets de crevette, salade de soja. Rien de bien original, et puis je ne suis pas friand de l’aubergine, ni de beignet aux crevettes d’ailleurs, mais c’était très bon, simple, cuisiné longtemps et avec respect.

Pendant qu’on mangeait, trois petits événements : le propriétaire a cueilli à notre table quelques feuilles d’une plante que nous croyions décorative, sa femme a installé ce qui semble être une de ses amies à côté de nous, un groupe de touriste hollandais (hollandais?) a acheté du saké.

Tout ça (exceptés les touristes hollandais) nous a fait penser à un film vu au cinéma : Still Walking de Kore-Eda Hirokazu

Ou encore à la bande dessinée Quartier Lointain de Jiro Taniguchi :


Il y a la même douceur dans les sons et les lumières, la même dureté dans les regards et les paroles. Regardez ce film, lisez ces livres, allez dans cette épicerie, vous comprendrez.

On a terminé nos plats un peu trop vite, on a payé (10 € par personne). On a regardé une dernière fois les sakés, thé, pâtes, herbes et sauces bien rangés sur les étagères, toutes ces choses qu’on ne connaît pas (encore), sans rien comprendre, sans oser demander, et on s’en est allé content. La journée avait bien commencé.

Workshop Issé‎
11 Rue Saint-Augustin, 75002 Paris‎
01 42 96 26 74‎

Le trailer de Still Walking :

Ah le Japon ! ;)

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